Thursday, June 18, 2009

Chronique du ballon ordinaire n°77

De l’évolution de la société de divertissement.
 
Abolition de la religion, désillusion politique, désenchantement économique… Nous évoluons aujourd’hui dans une société en pleine deshérence.
Depuis le milieu du 20ème siècle, des millions de citoyens en perte de repères se tournent vers une nouvelle idôle pour combler ce déficit de spiritualité. Le nouveau Dieu s’appelle “Football”. Les résultats de la ligue, la démission de Pape Diouf, les transferts faramineux s’étalent sans vergogne à la une des journaux. Le football est pourtant une insulte flagrante au bon goût et à l’intelligence humaine.
 
Sur le terrain, les joueurs parodient piteusement les plus grandes tragédies, grâce à moults bonds, rebonds et rebondissements. Mais, à mille lieues des alexandrins de Corneille, l’ensemble est fort ennuyeux et broie plus qu’il ne stimule l’intellect du téléspectateur pâlement avachi devant son écran plat.
Quitte à admirer des cuisses  musclées, je regrette fort les jeux du cirque, où les hommes du moins courraient en jupe. En outre, les lions motivaient les coureurs bien plus que des cachets faramineux ne peuvent le faire. Dans nos arènes modernes, pas de mutilations, ni de morts atroces. Le public n’est plus exigeant, on lui sert donc une version édulcorée du preux divertissement antique.
 
Les puissants de ce monde ont bien compris l’inintérêt profond du football. Quelques Dreyfus s’y attardent, à des seules fins d’enrichissement personnel. La plupart se tournent cependant vers des activités plus respectables.
Saluons ainsi la fin exemplaire du banquier Edouard Stern, cueilli par la mort au sommet de sa gloire, vêtu d’une combinaison de latex noir, une cordelette liée autour du cou. Voici qui démontre des loisirs autrement plus raffinés que le tir-au-but !
 
Au terme de cette diatribe anti-footbalistique, je pourrai chercher le soutien des nombreux hommes d’esprit qui déplorent la toute nuisance du sport-roi. Mais c’est un supporter confirmé qui appuiera le mieux mon propos en la personne de Pierre de Coubertin, auteur d’un ouvrage de référence baptisé “Notes sur le football” (Zéros pointés en ce qui me concerne). Savourez donc le coup de grâce porté par la stupidité confondante de cette assertion :
Un homme inintelligent ou simplement lent dans sa compréhension ne deviendra jamais un bon footballeur.” (Pierre de Coubertin)

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Tuesday, June 9, 2009

Chronique de l’hommage ordinaire n°76

Toutes proportions gardées
 
En ce 6 juin, mes compagnons d’infortune et moi-même sommes serrés les uns contre les autres. Impuissants dans notre prison d’acier, nous sommes ballotés en tous sens. Nous n’en menons pas large. Je ne connais ni mon voisin de droite, ni celui de gauche, qui remue les lèvres et semble prier. J’ai une boule dans le ventre. Personne ne songe au cours puissant de l’histoire qui nous amenés là. Une vision des vastes plaines de l’Arkansas me traverse l’esprit comme un flash. Je voudrais tant être ailleurs. Loin. Je ne me sens pas trés bien. Il fait trop chaud sous cet accoutrement. Je ne peux pourtant pas l’enlever. Des bruits sourds nous parviennent parfois de l’extérieur. Il y a de la buée. On ne voit rien de ce qui se passe dehors. Maintenant j’ai envie de vomir.
 
Nous continuons à progresser, par à-coups, sur un océan d’incertitudes. Soudain, un choc. On s’arrête. La tension monte d’un cran. Tout le monde se presse contre la sortie. Je suis écrasé contre la cloison. Soudain, les portes basculent. Porté par mes camarades, je suis précipité en avant. Je me retrouve à l’extérieur.
 
Le temps suspend son vol un instant. Un ange (tré)passe. La transition est si violente que je reste immobile quelques secondes, pétrifié. Ici dehors, tout n’est que bruit, fureur et violence. Des cris retentissent. Une sirène hurle. Mes pieds sont mouillés. Il fait froid. Plusieurs personnes me bousculent en me dépassant. Je suis aspergé d’eau. Je reprend mes esprits, me protège et m’élance à la suite des autres.
 
En ce soir de printemps 2009, je viens donc de débarquer sur le trottoir de l’avenue Morizet, en descendant du Bus 175. Il pleut sur mon costume super 120′ de jeune cadre dynamite. Il y a des bouchons, j’en ai marre et je ne me sens pas bien. Mais grâce à cette expérience étonnante, je comprends pleinement l’état d’esprit de ces jeunes soldats venus mourir sur les plages normandes. A une différence près : tout ce que je risquais à la sortie du bus, c’était de devoir ingurgiter les lasagnes trop cuites préparées par quelque jeune fille bien intentionnée…
 
 
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Monday, May 25, 2009

Chronique du torride ordinaire n°75

Il fait chaud.

Aujourd’hui, le mercure atteint des sommets. La canicule culmine.

Sur le parvis, dans l’ombre impuissante des grattes-ciels, des silhouettes se meuvent péniblement dans une atmosphère comme épaissie par la chaleur. Plus haut, loin de la réalité incandescente, des cadres souvent dynamiques s’agitent dans leurs aquariums climatisés.

La réalité les rattrape bientôt. Déjà l’air brûlant à la sortie du bureau les saisit. Sur le chemin du métro, ils pestent, soufflent, rougissent, entrouvent leur cols mouillés. Cravate dénouée et veste sur le bras, leur silhouette perd sa prestance implacable.

Les rames du métro sentent la transpiration. Dans les rues de la capitale, des relents fétides montent des égoûts, des déjections canines, des clochards macérant dans leurs haillons. Paris pue.

L’ambiance est molle. L’air fond. 
Essai nucléaire nord-coréen, réchauffement climatique, crise économique, retour au travail… tout se mêle et se disloque. C’est la débâcle. Plus rien n’a de sens.
C’est la fin.
 
http://france.meteofrance.com/france/accueil?xtor=AL-1
 

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Wednesday, May 13, 2009

Chronique de l’Inde ordinaire n°74

Le dernier des néo-libéraux
 
L’argent présente une certaine valeur. Les salariés de l’entreprise textile Carreman n’ont rien compris à la relativité de cette valeur. A croire qu’ils n’en ont aucune (de valeurs).
 
Leur établissement, basé dans le Tarn, connaissait depuis trop longtemps une rentabilité mollassonne, dûe à la concurrence de pays où “Travail” et “Entrepreneuriat” ne sont pas de vains mots. L’usine de Castres a donc fait l’objet d’un légitime plan de licenciement économique. C’était une décision courageuse et d’un pragmatisme louable.
 
Les dirigeants de l’entreprise, en véritables managers humanistes, ont eu à coeur de trouver une solution viable pour chacun des collaborateurs concernés. Ces derniers se sont donc vus proposer une offre de reclassement en Inde, pour un salaire fort raisonnable de 69 € par mois.
 
De smicards sous-payés, on propose à ces ouvriers faiblement qualifiés de devenir l’équivalent de cadres supérieurs dans une région agréable, sous un climat généralement clément. Avec une rémunération atteignant 4400 roupies par mois là où le salaire moyen plafonne à 3200 roupies, il s’agit d’une véritable promotion.
 
Pour ce salaire avantageux, notre ouvrier textile pourrait se payer enfin une voiture et un logement, ce qui n’était pas envisageable en France, où les coûts de production sont dramatiquement accrus par les taxes, la sécurité sociale et les 35 heures. Il pourrait contribuer significativement à l’essor économique d’une grande démocratie moderne, et contribuer ainsi à changer le monde. Et surtout il n’aurait plus à subir sa belle-mère le dimanche.
 
C’est là que nous prenons toute la mesure de l’ingratitude humaine. Accrochez-vous, vous allez être stupéfaits. Devinez quelle fut la réaction des salariés de Carreman face à cette généreuse proposition ?

Et bien il refusèrent ! Si, si.
Étonnant, non ?
 
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/05/11/69-euros-par-mois-telle-est-l-offre-de-reclassement-en-inde-de-9-salaries-du-tarn_1191484_1101386.html
 

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Tuesday, May 5, 2009

Chronique de la cène ordinaire n°73

Hommage pédant
 
Homme d’image, il a préféré que d’autres lui prêtent des mots pour introduire sa monographie. En tant qu’ami et mécène, c’est avec plaisir que j’ai accepté de livrer ma vision de son oeuvre.
 
J’ai toujours connu Martin L. un appareil photo à la main. Notre première rencontre date de nos années d’études. Son objectif était un membre à part entière du bouillonnement intellectuel et festif qui caractérisait si bien cette époque. J’y songe parfois avec émotion. Nous n’avons finalement pas changé le monde, mais l’intention était là, qui demeure louable.
 
Quelques décennies plus tard, son oeil a pris de l’expérience, et s’est forcément assagi. Il a gagné en lucidité aussi. Mais il n’a jamais rien perdu de son humanisme militant. C’est ce que j’admire dans sa photographie.
Dans les ombres et les reflets irréels de certains clichés, l’angoisse pointe parfois. La mort, la vie, l’échec, la médiocrité sont source de tourments pour l’artiste.
Contre ce spleen, le sourire est une arme puissante. Portraits d’amis hilares, fillette fragile qui lève la tête vers un yéti monstrueux, vieil homme en contre-plongée qui entre dans un bar comme un parrain incroyable… L’humour et le sens de la dérision sont l’autre patte de Martin L. Car l’homme est malicieux, et un brin roublard. C’est une grande qualité : cela veut dire qu’il réussira toujours LA photo.
 
Enfin, Martin L. est un esthète, un perfectionniste dont la minutie vire à l’obsession. Le professionnel confirmé qu’il est devenu accorde toujours une grande importance à la rigueur dans la composition, au rendu des couleurs, à l’atmosphère générale de ses clichés. Pour autant, peut-être en vertu de son passé engagé, il n’oublie jamais de leur donner un sens : le message avant tout. La planète doit être sauvée. Liberté, égalité et fraternité ne doivent pas être qu’une devise officielle.
 
Entre minutie et spontanéité, entre esthétique et engagement, entre oeuvre d’art et marchandise… La photographie ne serait donc qu’une question d’équilibre ?
Martin est au centre.
Définissons le comme un photographe équilibré… et équilibriste !
Voici donc ma perception de l’oeuvre de Martin L. Elle n’est pas monolithique, ni universelle. Je vous invite donc à la découvrir par vous-même en feuilletant ces quelques pages.
Émerveillez-vous : http://www.martinleers.com
 
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Monday, May 4, 2009

Chronique de l’H1N1 ordinaire n°72

Kof khof

Depuis quelques semaines, l’actualité nous livre une piètre parodie de la grippe espagnole. Pour mémoire, cette pandémie mondiale causa plus de 30 millions de victimes en 1918. Un siècle plus tard, le remake “grippe A”, toujours hispanophone, atteint péniblement les 26 morts au Mexique. J’ai bien dit 26 cas, pas 26 millions. Moi j’ai même pas peur. Humf.

Celle qui est décrite comme le nouvel Armageddon apparaît pourtant bien moins dangereuse que notre bonne vieille grippe commune. Cette dernière cause chaque année en France près de 6000 décès. Elle n’effraie pourtant personne, mêmes pas les vieillards au bord du tombeau. Par contre, nombre de ces mêmes personnes âgées sont terrorisées par cette nouvelle maladie aux résonances exotiques. Cherchez l’erreur. Kruhm Hum.

De toute façon les autorités françaises comme américaines se montrent tout à fait rassurantes. Et je ne vois vraiment pas pourquoi des gens aussi respectables nous mentiraient, à nous, citoyens éclairés de démocraties avancées. Khrfk. Ark !

Enfin cette grippe manque indéniablement de sérieux et de crédibilité. D’abord elle change de nom tous les trois jours : de porcine elle est devenue mexicaine, est passée par la délicate appellation “AH1N1″ avant de finir sur un laconique “grippe A”. Humkrf… J’ai d’abord cru à une publicité déguisée de la filière porcine, puis de l’office du tourisme mexicaine. En effet on a jamais autant entendu parler du Mexique que depuis le début de l’épidémie. Sans compter que le port du masque ne va pas faciliter les enlèvements, ni les demandes de rançon téléphonique. Ah ah ahkrf !

Enfin… khof… je plaisante.
Kof kof kreuârkf ! Moi tout ça, ça Ark frk ! Hfrk… me fait bien… groumf… marrer…. khof kforfhk !!
Je… arkf… suis pas rhoaâârk… du tout… rheuarkf arf… concerné. Keuârkfhrk… Khof krôff !!!

Bleuâââârtkrf !

http://www.prevention-grippe-aviaire.org/catalog/product_info.php/h5n1/Masque-Eco-Maxi—FFP2-coque-sans-valve–boite-de-50-/products_id/40?gclid=CKG_ge3Po5oCFcEUzAodmHTz9g
 

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Thursday, April 30, 2009

Chronique de la chaise ordinaire n°71

Dans une forme Olympique.

 

Ce 8 août 2008, Liu Yan savoure pleinement son succès.

L’heure de gloire est arrivée. Sous les feux des projecteurs, au centre du stade olympique de Pékin et de l’attention mondiale, elle atteint le sommet de sa carrière. Deux milliards de téléspectateurs observent son corps onduler au rythme de la musique traditionnelle chinoise. Son corps s’étire gracieusement, se replie lentement, s’élance… puis retombe exactement à l’endroit prévu. Tous ses gestes sont d’une précision extrême. Ils ont été répétés des milliers de fois. Après deux minutes d’une performance scénique absolument parfaite, la danseuse s’immobilise. Elle est acclamée.

 

Mais non. Point du tout. Ce moment tant attendu n’est jamais arrivé. Deux semaines avant la cérémonie d’ouverture, une grave chute a paralysé Liu Yan. Une obscure doublure la remplacera le jour J. Torturée par le malheur et la jalousie, c’est de son fauteuil roulant qu’elle assistera au spectacle. Comme dirait Céline, « elle est sortie comme elle a pu de ces conflagrations funestes, plutôt de traviole, tout crabe baveux, à reculons, pattes en moins ».

 

Le hasard avait pourtant peu de place dans le destin de Liu Yan. Lorsqu’elle intègre l’académie de danse de Pékin, à l’âge de 10 ans, sa vie a changé. Les entraînements ont succédé aux entraînements, qui se sont encore multipliés. Au fur et à mesure de son ascencion, elle a vu ses camarades connaître l’humiliation de l’échec et de l’anonymat. La danse n’était plus un art, ni un sport, ni même une passion. C’était devenu sa vie. Invalide, elle est devenue inutile.
Pas rancunier devant sa désertion de dernière minute, le Parti Communiste a acceptée l’ex-étoile comme membre honoraire. On a trop peu loué la tolérance des autorités chinoises et leur politique avant-gardiste en faveur des handicapés.

 

Que conclure de cette fable cynique (mais authentique) ?

N’espérez pas trop de la vie. Votre existence ne peut poursuivre un seul objectif. Le chemin tracé devant vous n’est qu’une illusion d’optique. Méfiez vous de l’adversité, une chienne dont les crocs ont saisi bien des jarrets au moment de l’envol. Enfin et surtout, ne tentez rien de trop ambitieux : vous tomberez de moins haut.

 

http://www.nytimes.com/2009/04/19/arts/dance/19barb.html
 

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Wednesday, April 29, 2009

Chronique de l’oxygène ordinaire n°70

Arrivisme bio

En ce moment, tout le monde met un peu de vert dans ses épinards, histoire de faire son beurre. Le crémier en chef s’appelle Yann Arthus Bertrand. Il vient d’être nommé “Ambassadeur des Nations Unies pour l’Environnement”. Voici ce qu’on appelle en faire des tartines.

Cette nomination est cependant amplement méritée : l’écologie, passée à la moulinette de la bien-pensance et rebaptisée “développement durable”, a permis à l’homme d’affaire de se constituer un solide fond commerce. Le breton hyperactif est de tous les combats, pourvus qu’ils soient bios, médiatiques, voire rentables.

Quelques jaloux avancent pourtant que l’homme n’a pourtant rien de durable, qui utilise son hélicoptère comme d’autres prennent le métro. En 10 ans et plus de 2300 heures d’hélicoptère, de mauvaises langues estiment qu’il a produit l’équivalent de 1 667 000 000 grammes de CO2. Pour mémoire, même mon Aston Martin Vanquish n’émet que 360 grammes de CO2 par kilomètre. Alors ne me demandez surtout pas de changer de véhicule, d’ampoule et de chauffe-eau !

C’est d’ailleurs sans doute pour compenser les émissions de gaz à effet de serre démesurées de l’Arthus que Nicolas Sarkozy a réaffirmé la volonté de la France de ”parvenir à un accord international ambitieux” lors de la prochaine conférence internationale sur le climat à Copenhague. Pour donner l’exemple, les participants français, dont la star photographe, se rendront tous au Danemark en train, à pied ou en bicyclette.
Comment ? Pas du tout ? En jets privés ? Bon, en ce cas, nous pouvons au moins nous réjouir que cette conférence ne soit pas organisée en Polynésie.
 
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5i03ZOPsk-up2QHYvIqc_GPl96njw
 

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Tuesday, April 28, 2009

Chronique de l’astéroïde ordinaire n°69

The very end

« Le troisième ange sonna de la trompette. Et il tomba du ciel une grande étoile ardente comme un flambeau. »

« Le feu descendit du ciel, et les dévora. Le diable, qui les séduisait, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète. Ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles. »
(Apocalypse selon Saint-Jean).


 

Finalement, l’apocalypse a eu lieu un vendredi 13. Ca ne s’invente pas.

Vingt-cinq ans après avoir été observée pour la première fois par les scientifiques, l’astéroïde Apophis est entrée en collision avec la planète Terre. Malgré tous les efforts de la communauté internationale, il n’a donc pas été possible de dévier le projectile géant composé de 27 millions de tonnes de fer. L’installation de moteurs latéraux à sa surface, la mise à feu d’explosifs, les forages successifs… toutes les tentatives ont échoué.

 

L’impact a eu lieu près de la ville de Madison, dans le Connecticut, à 12h38. Une boule de feu équivalente à la puissance de milliers de bombes H a immédiatement englouti l’Amérique du Nord, mettant fin à près d’un siècle de domination États-Unienne. Le souffle de l’explosion, ressenti à l’autre extrémité du globe, a semé la mort et la désolation dans un rayon de
5 000 km. On estime à 2 milliards le nombre d’être humains tués dans les minutes qui ont suivi l’impact. Un gigantesque tsunami a ensuite englouti les villes côtières de l’Europe de l’Ouest, de l’Afrique, de l’Asie du Sud-Est, rayant de la carte des pays entiers, comme la Grande-Bretagne ou le Japon.

 

Dans les semaines qui ont suivi, une épaisse couche de poussière et de gaz toxiques a recouvert la planète. L’air est devenu irrespirable. Des zones entières ont été contaminées par les destructions d’équipements nucléaires civils et militaires. Avec l’accumulation des cadavres et la dégradation des conditions d’hygiène, des épidémies ont rapidement proliférées. Des affections disparues, comme la peste bubonique ou la grippe porcine mexicaine, ont réapparu pour causer des centaines de millions de morts.

 

Pendant près de quatre ans, la lumière solaire a été totalement occultée par les poussières et fumées en suspension dans l’atmosphère. Toute forme d’agriculture et d’élevage ont été anéantis. Les stocks alimentaires ont rapidement été consommés, avec pour conséquence l’extermination de populations entières.

 

L’humanité est désormais une espèce endémique. Seuls quelques privilégiés issus des élites politiques et économiques ont pu échapper au désastre. Il ne subsiste cependant plus grand-chose de leurs gloires passées. Depuis qu’ils ont terminé leurs dernières vivres et quitté leurs abris anti-nucléaires, les survivants errent par petit groupes dans l’obscurité apocalyptique. Certains ont trouvé des armes en fouillant les décombres, d’autres en ont construits de leurs mains. Tous se livrent à des luttes impitoyables, et se massacrent dans l’espoir de se repaître de quelque chair fraîche. Dans la soif, la faim et la haine, le règne des humains s’achève.

 

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/04/27/conference-pour-une-politique-du-risque-de-collision-avec-des-asteroides_1185857_3244.html
 

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Monday, April 27, 2009

Chronique de l’amer ordinaire n°68

Ch’expire

 

L’accident survenu le week-end dernier en Corse est un exemple rare de drame à tiroir, dont l’improbable concours de circonstances dramatiques est digne d’une mauvaise pièce de Shakespeare.

 

Cela peut nous sembler une horrible tragédie, mais je vous invite à en relativiser la lecture : dans quelques mois, la moitié de la population mondiale sera décimée par la grippe porcine. Personne alors ne se souviendra de cette première catastrophe. Bref.

 

Voici ce qu’on appelle jouer de malchance :

 D’abord la jeune future ex-maman tombe enceinte, à une époque où les divers contraceptifs devraient permettre d’éviter ce genre de désagrément. En outre, elle habite Balagne, dans
la Corse du fond. Inutile de préciser qu’au nom du rationalisme économique, aucun service hospitalier digne de ce nom n’officie dans cette région reculée. L’accouchement se présentant mal, un transfert en hélicoptère vers l’hôpital de Bastia est donc retenu (bonjour l’empreinte CO2 de la grossesse). La jeune femme donne donc la vie en plein vol (ce qui constituait déjà un fait divers en soi). Malheureusement, le mauvais temps (qui sévit trois jours par an sur l’île de beauté) met en difficulté l’hélicoptère, qui heurte un relief avant de s’écraser piteusement, menant tous ses passagers de vie à trépas.

 

En France, moins de quatre nouveau-nés sur mille sont décédés avant leur premier anniversaire. Le taux de mortalité maternelle est de 7 pour 100 000. On dénombre une quinzaine de crashs mortels d’hélicoptère par décennie. Les malheureuses victimes de cet accident viendront gonfler conjointement ces trois chiffres.

 

D’où mes questions : comment peut-on accumuler autant de déboires dans un seul fait divers ? Est-ce qu’il n’y pas une histoire de spectre, de fée ou de vaudou là-dessous ? Et surtout, comment répondre à la question que tous les journalistes se posent encore : doivent-ils comptabiliser dans leurs articles plutôt quatre, ou plutôt cinq victimes ?

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gTA-kA2sXD8po7sAF9DyW-ns8nkw

 

P.S. Je pitre volontiers sous le masque du cynisme, mais je ne suis pas un mauvais bougre. D’ailleurs, si on me demande mon avis : je suis contre les crashs d’hélicoptère. Peut-être même contre les hélicoptères tout court. Et j’adore Shakespeare.

 

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